Discours Inaugural du Président Stefano Bolognini et de la Vice-présidente Alexandra Billinghurst.

Ce discours a été présenté au Congrès de l’API à Prague, en août 2013

 




  Chers collègues,


J’imagine qu’il y a une certaine curiosité au sujet de qui nous sommes, nous et le nouveau bureau administratif ainsi que ce que nous prévoyons pour le futur de l’API. C’est pour cela que nous sommes ici aujourd’hui.


Cependant, et en premier lieu, nous voudrions exprimer nos remerciements envers nos collègues tchèques qui nous ont accueillis dans cette magnifique ville “mitteleuropaeische”, préservée si miraculeusement malgré les guerres et les dictatures (tout comme la Psychanalyse !...) nous permettant ainsi de découvrir encore l’ambiance des origines.


C’était proche d’ici, à Pribor, que Freud est né et c’est à partir d’ici, 157 années plus tard, que nous nous élançons de nouveau en direction de notre futur.
Bien que lors de ces occasions ce discours fasse partie du protocole traditionnel, je voudrais ouvertement dire à vous tous, et ce de manière plus informelle, combien je suis profondément touché et honoré de prendre ces fonctions institutionnelles avec la Vice-présidente Alexandra Billinghurst, le trésorier Juan Carlos Weissmann et les membres du bureau de l’API.


Je dois exprimer notre gratitude partagée pour la confiance que vous nous avez accordée et notre souhait de travailler avec la plus grande implication pour le développement de la psychanalyse et de l’API, cette grande association qui nous a réunis pendant plus d’un siècle dans bien des aspects tels qu’historiques, scientifiques, pédagogiques, professionnels, organisationnels et identitaires.


Nous ressentons un sentiment de continuité avec les valeurs de ces générations d’administrateurs qui nous ont précédés, et nous réunirons notre passion de l’analyse et notre amour de notre « maison partagée » avec un vrai sens de la responsabilité nécessaire pour gérer une telle institution à grande échelle, si bien structurée et prestigieuse.


Puisque le temps que nous avons à notre disposition, ici, aujourd’hui, est limité et que cela est pour nous une extrêmement précieuse opportunité de partager avec vous notre vision générale, nos principes et aspirations et au minimum quelques détails de nos projets pour le futur, j’irai donc droit au but en vous précisant quelques enjeux fondamentaux.


UNE VUE D’ENSEMBLE

Nous vivons dans une époque profondément différente des précédentes, qui se caractérise par la rapidité de l’information et de la communication qui a totalement transformé notre façon d’être vis-à-vis des autres.


En quelques années, nous avons connu des transformations radicales dans les systèmes de la politique et de l’éducation, le rythme de la vie quotidienne, les tendances sexuelles, dans les règles en ce qui concerne la cohabitation et la séparation des couples, dans les familles et les groupes de travail, dans les valeurs fondamentales partagées par différentes communautés, dans les nouvelles caractérisations et multi-stratifications sociales, ainsi que l’évolution dans la diversification et les identités ethniques et culturelles interactives de façon dynamique.


Ce n’est en aucun cas une coïncidence que d’avoir décidé de nommer le prochain congrès API à Boston en 2015 : « Le monde en mutation. La forme et l’usage des outils psychanalytiques aujourd’hui. ». Bien que notre ère nous offre d’extraordinaires opportunités positives, elle nous expose à des risques indéniables en termes de confusion identitaire, de perte de contact avec la réalité et des déséquilibres en conséquence, ou de retranchement de défense réactif. Nous sommes dans une ère où les guerres sont moins nombreuses dans les pays du monde développé mais avec une propagation destructrice chronique lourde de conséquences liée aux drogues, au terrorisme et aux perversions légalisées et commercialisées.
Les attaques sur la pensée ont pris de nouvelles formes, plus sophistiquées que celles qui, génériquement répressives, prédominaient auparavant.


La balance du pouvoir entre le surmoi et les autres structures, sur les deux niveaux aussi bien social qu’intrapsychique, semble rencontrer de nouveaux déséquilibres, différents de ceux qui avaient été explorées dans les débuts de la psychanalyse. De nouvelles psychopathologies se présentent dans nos cabinets de consultation, qui demandent un niveau de compréhension et d’adaptation théorique et technique permanente pas toujours simple pour le psychanalyste.


L’acceptation de la dépendance physiologique, en analyse et dans la vie en général, s’est réduite, probablement en raison des mécanismes de défense et des investissements différents et organisations narcissiques dans un monde où les objets de base font défaut, ou bien disparaissent, en grande partie en raison du travail, bien plus tôt qu’auparavant, en ce qui concerne la fusion physiologique primaire et la continuité des relations nécessaires aux bébés.


La durée et les rythmes thérapeutiques sont aujourd’hui compromis par ces nouveaux mécanismes de défense et il n’est pas rare de rencontrer des situations où les analystes doivent débuter le traitement par une fréquence moindre, pour ensuite amener le patient progressivement à un régime analytique régulier adapté à leurs besoins et à la méthode.


L’expérience de l’omnipotence motivée par la sphère virtuelle et la facilité des communications distantes ouvre de nouvelles possibilités, mais elles soulèvent également de nouvelles interrogations méthodologiques pour les psychanalystes, qui se trouvent face à des demandes de traitement par téléphone ou Skype, ce qui soulève des débats théorico-cliniques en ce qui concerne leur crédibilité et leurs limites.


La reconnaissance et la validité de la psychanalyse est mise à l’épreuve dans les décisions ministérielles dans de nombreux pays. Les universités semblent dédier de nombreux postes d’enseignement aux écoles comportementales et la compétition provenant d’associations psychothérapeutiques professionnelles, avec beaucoup moins de formation et de standards professionnels que ceux de l’API, est omniprésente et envahissante.
Malgré tout cela, les ressources positives qui sont disponibles à la psychanalyse et l’EPA sont telles qu’elles nous permettent d’avoir un sentiment d’égard bien-fondé envers nous-mêmes, notre méthode et notre futur.


Nous sommes soutenus par la force de l’idée psychanalytique : par l’évidence de l’existence de l’inconscient, du transfert, des défenses, du processus et des transformations qui sont engagées lorsque deux personnes se rencontrent régulièrement et apprennent à travailler ensemble pour développer la pensée, les affects et les échanges partagés dans un cadre d’honnêteté cognitive et relationnelle.


Nous sommes soutenus par la force de l’expérience, laquelle est enracinée, pour chacun de nous, dans une histoire analytique personnelle qui, le plus souvent, a changé nos vies.


Oui, la psychanalyse a changé nos vies en qualité d’êtres humains et cela est beaucoup trop intense pour que cela soit oublié, nié ou perdu : comme un nouvel instinct complexe, cette expérience nous conduit à donner de l’écoute, la syntonie, la résonnance, la compréhension, le travail partagé et la formulation interprétative de génération en génération.


Tout comme les parents, qui ont été eux-mêmes élevés et éduqués pendant l’enfance, et qui aiment élever et éduquer leurs petits.


Nous sommes soutenus par une formidable richesse en termes de recherche et de connaissance théorique et clinique, transmise depuis plus d’un siècle jusqu’à nos jours.

Certaines citations maintes fois répétées dans nos articles, au sujet de la pensée d’un certain génie né près d’ici en 1856 ne nous aident pas à escalader les échelons du « facteur d’impact », mais nous gratifient d’un effet de « facteur compact » qui réunit notre communauté scientifique : tel un tronc unique qui soutient le feuillage d’un arbre florissant, aux branches multiples, qui est certain de ses origines et de ses racines solides.


Nous sommes soutenus par la nature internationale de notre organisation, unique en raison de ses extraordinaires opportunités en termes de contacts, débats et collaboration continue pour tous les analystes sur tous les continents.


A ce point du discours, Stefano Bolognini a donné l’opportunité à la Vice-présidente Alexandra Billinghurst de présenter son discours :



Je voudrais commencer en partageant avec vous ce qui qui m’est arrivé à la conférence Joseph Sandler en mars dernier.


J’étais entrain d’écouter Bernard Reith, lequel, de manière tout à fait splendide, discutait de deux très bons et différents articles, de Alessandra Lemma et Johannes Lehtonen. Il venait juste de nous expliquer comment l’on pouvait l’exprimer, par son corps, en faisant le grand écart. Il a ensuite fait référence à une présentation du soir précédent, de Mark Solms en disant « J’étais heureux d’entendre Mark Solms faire référence à das Ding ». A ce même moment, je m’entends traduire le début de cette phrase en espagnol. “Fue contento escuchar a Mark Solms..”.   Je me suis demandée pourquoi diable je suis soudainement passée à l’espagnol. A ce point, il me faut préciser que depuis que je suis allée à Buenos Aires et Montevideo en octobre de l’année dernière, j’étudie l’espagnol : c’est en fait une passion qui m’a donné beaucoup de plaisir. J’avais d’ailleurs  effectué beaucoup de traductions dans mon esprit jusqu’alors, mais c’était la première fois que l’espagnol entrait dans mon esprit pendant la conférence. Je me suis donc demandée pourquoi cela s’était passé à ce moment-là. J’ai pensé à ce que Bernard venait de dire et ce qu’il faisait : il tentait de comprendre deux différents articles et de nous aider à faire de même. Au moment où il a fait référence à un troisième article, de la soirée précédente, mon esprit décide de traduire. Il nous a démontré de façon spatiale ce qu’il en a ressenti et à temps nous en a évoqué un troisième, un troisième qui en soit avait fait le pont entre la théorie et la neuroscience, un pont entre 1923 et 2013. Donc à ce moment-là, mon esprit décide de me transmettre une raison expliquant pourquoi l’espagnol est devenu une passion au moment où il le devint. J’ai réalisé que ma passion pour l’apprentissage de la langue espagnole est une manière très concrète, au fond de moi, de se préparer à construire un pont pour toutes les différentes manières d’être et de voir la psychanalyse à l’API.


Mon immersion en langue espagnole me préparait à être ici, près de Stefano, aujourd’hui, avec vous. Et pour figurer, avec Stefano, en tête de la table avec le nouveau bureau, ici à Prague, demain.


API en elle-même est une organisation très compliquée. Elle réunit 12000 membres de 63 pays divisés en trois régions. La géographie elle-même de l’API vaudrait bien des commentaires, mais je n’y rentrerai pas maintenant. Elle a 70 sociétés composantes, 6 sociétés provisionnelles et 19 groupes d’études, trois modèles de formation, de nombreuses manières de voir ce qu’est la psychanalyse, de nombreuses cultures différentes et 4 langues officielles. Cela en soi indique que le travail à l’API est un travail constant de traduction et de de construction de ponts.


Au cours de nos études pour devenir des psychanalystes, chacun d’entre nous doit édifier nos propres théories. Une fois cela fait, nous pouvons commencer à définir et affiner nos pensées dans leur dialogue entre elles. Nous bénéficions de l’espace qui nous est donné dans un environnement doté de hauts plafonds dans la société qui nous donne notre éducation.

Nous sommes modelés par nos sociétés-mères et nous débutons par une vision de la psychanalyse sur notre perspective locale. Si, et lorsque nous allons à des congrès internationaux, nous avons l’opportunité de découvrir comment la pratique psychanalytique, sa réalité dans la société et ses différences théoriques peuvent varier dans des lieux différents et de découvrir ce qui unit la psychanalyse au-delà et entre les différents pays.


C’est bien ce qui est tout à fait unique à l’API. Elle peut être un véritable point de rencontre, pas seulement un lieu d’apprentissage par les experts d’entre nous mais pour chacun et tous de se rencontrer et d’échanger des idées. En même temps, l’ampleur de notre organisation et de nos congrès peut être accablante et peut freiner les possibilités de connaître les autres.


Mais un véritable lieu de rencontre est l’image de ce que Stefano et moi-même voudrions donner de l’API, ce que vous entendrez bientôt lorsque Stefano présente nos objectifs.


Lorsque Stefano m’a demandé si je souhaitais travailler à ses côtés, nous ne nous connaissions pas beaucoup du tout. Nous nous étions rencontrés à l’action au conseil de la FEP alors que nous étions chacun Président de nos sociétés.


C’était la façon dont il me décrivait le type de leadership qu’il envisageait et sa vision de l’API qui m’a décidée de travailler à ses côtés. Ainsi, les deux années qui nous ont conduits à ce jour m’ont permis de le connaître. Et le plus j’interagis avec lui, le plus impressionnée je suis de son humble posture, sa force douce et sa sagesse.


Nous traversons une période où la psychanalyse est perçue comme étant attaquée. Cela a été exprimé en termes de la crise de la psychanalyse. Et effectivement, la psychanalyse est remise en question dans de nombreux endroits. Mais je pense que nous devons rester conscients et faire attention à quels mots et quelles métaphores nous utilisons quand nous parlons de cette situation. Si nous utilisons, par exemple, le mot défendre dans « défendre la psychanalyse », qu’est-ce que cela implique et qu’est-ce que cela implique pour nous dans la communication avec l’autre ? A mon sens, utiliser le mot défendre implique défendre quelque chose de statique. Si par contre je dis « soutenir », cela évoque une image différente dans mon esprit.


Je voudrais souligner, comme bien d’autres, que le simple fait que la psychanalyse soit remise en cause indique que la psychanalyse est valorisée comme étant quelque chose contre laquelle l’on se définit. De plus, la remise en cause de la psychanalyse nous donne véritablement l’opportunité de définir et d’affiner davantage nos propres théories. Un défi que nous avons est de traduire notre pensée psychanalytique en un langage compréhensible par tous afin de permettre le dialogue. Les années à venir pour ce que nous aimerions réaliser et de redonner une voix à la psychanalyse dans le cadre de la psychiatrie.

La psychiatrie a besoin de nos perspectives et je pense que l’une des façons de réaliser cela est de traduire notre connaissance en un langage facile à comprendre, qui permet un nouveau dialogue avec ceux qui nous questionnent, ceux qui se définissent en s’opposant à la psychanalyse. Je pense que si nous réfléchissons avec attention notre façon de penser et de parler, quelles métaphores nous utilisons, si nous sommes nous-mêmes prêts à varier notre perspective sur la façon dont nous soutenons la psychanalyse, nous pourrions avoir une bonne chance d’être écoutés.


Les clivages dans les sociétés sont une triste tendance. Ceci est probablement dû à l’impossibilité de construire des ponts entre les différences de pensée. Cela devient ainsi une différence inabordable au lieu de définir et d’affiner le dialogue les uns avec les autres.


Mon espoir est que l’API puisse aider les sociétés à permettre les processus d’intégration pour éviter davantage de clivages. Pour s’assurer que les sociétés restent fortes et ouvertes à un développement positif, plutôt que de rester statiques. Je pense que cela implique que les sociétés réfléchissent sur leur propre organisation. Mais cela demande du courage, de la même manière que cela demande du courage à nos patients de débuter une psychanalyse. Je pense que l’API peut ainsi faire preuve de soutien.


J’ai remarqué que l’API est perçue par de nombreux membres comme tant quelque chose de distant. Si l’on n’est pas impliqué dans l’organisation ou ne venons pas aux congrès, l’API devient distant. L’un des objectifs que nous espérons atteindre, Stefano et moi, est de rendre l’API plus présente et proche pour ses membres.


Comme je l’ai évoqué auparavant, l’API est pour nous un point de rencontre. L’une des façons dont nous espérons y parvenir est la manière de prévoir le congrès prochain qui aura lieu à Boston en 2015. Nous avons trouvé un bel endroit qui représente, par son architecture, un lieu magnifique de rencontre, avec des salles de réunion illuminées de lumière naturelle et un sentiment de « hauts plafonds » qui encouragent la réflexion. Nous prévoyons également de nouvelles formes de petits groupes de discussion qui, nous l’espérons, permettront aux membres de différentes régions du monde de se rencontrer.


Je voudrais conclure en partageant un poème avec vous. Ce faisant, je partage également la tradition dont ma société mère, et Arne Jemstedt, en sont l’origine : cette dernière terminait à chaque fois nos réunions annuelles avec un poème, quand elle était Présidente.


Le poème a été écrit par John Wipp, en suédois, d’origine

Vous l’entendrez plusieurs fois, en suédois, anglais et espagnol. Dans ma langue maternelle, ma seconde langue et la langue que je suis entrain d’apprendre. J’ai réalisé la traduction vers l’anglais et je me suis amusée à le traduire en espagnol, à la suite de quoi j’ai obtenu de l’aide de mon assistante multilingue Andreas Silva qui l’a corrigé pour moi. J’ai demandé aux interprètes de ne pas traduire pendant que je le lis afin de vous permettre d’entendre les sons suédois, mais je ferai une pause pour leur permettre de traduire à la fin, avant de donner la parole de nouveau à Stefano.



Låt mörkret inom mig,
för mig
bli synligt      


Som dammens botten   
när jag med handen
skymmer himlaljuset   


för att inte ytan    
skall spegla
himladjupet.     


Djupet
som ljusa      
spegelbilden döljer    


lever. Förvandlas    
under blanka hinnor   
som jag måste se igenom   
 



Let the darkness
within me, for me
be visible


Like the bottom of the pond
as I with my hand
screen the light from above


so as not the surface
shall mirror
the depth of the sky


The depth
which the light
reflection conceal


lives. Transforms
under shiny membranes
which I have to see through



Deje la oscuridad
dentro de mí, para mí
hacerse visible


Como el fondo de la charca
cuando yo con mi mano
tapo la luz del cielo


para que la superficie no
refleje
la profundidad del cielo


La profundidad
que la clara
reflexión oculta


vive. Transformándose
debajo de membranas brillantes
que mi vista tiene que atravesar


[Laisse la pénombre
à l’intérieur de moi,
pour moi


être visible
Comme le fond d’une mare
alors qu’avec ma main


je cache la lumière d’en haut
afin que la surface
ne fasse miroir


aux profondeurs du ciel
La profondeur
que la réflexion cache


vit. Se transforme
sous des membranes brillantes
au travers desquelles je dois voir]


John Wipp, Blick, 1996



Je redonne à présent la parole à Stefano. 
 


L’API, fondé par Freud en 1910, est la maison partagée de psychanalystes partout dans le monde.


Le siège social d’API à Broomhills, avec son personnel hautement qualifié, géré par le Directeur Général Paul Crake, nous donne tout le soutien nécessaire pour nous apporter une organisation cohérente ; cela nous permet de profiter le plus possible de toutes les compétences et les talents des membres de l’API.


Notre administration, comme celles qui nous ont précédées, vise à préserver l’esprit et les fonctions générales de l’API, mais pas de façon fossilisée.


Pour cette même raison, nous avons prévu des développements novateurs et des changements de perfectionnement afin de la garder toujours efficace, représentative et bénéfique à ses membres, les communautés auxquelles elle s’adresse et celles auxquelles elle pourrait s’adresser potentiellement, ainsi qu’aux institutions qui pourraient travailler avec l’API de manière féconde.


Et précisément pour la renforcer dans un monde en mutation.


Ces développements et changements sont la raison de notre présentation aujourd’hui, pour que nous puissions partager avec vous la vision globale qui caractérise ces objectifs.

Notre vision est celle de la psychanalyse comme un organisme vivant, celui qui communique avec le monde extérieur mais aussi avec son monde intérieur. Celui qui garde intact l’essence de la pensée psychanalytique, mais qui est ouverte aux transformations proposées par les progrès de la connaissance scientifique, celui qui est capable de se transformer lui-même de manière intelligente (afin de profiter d’une longue vie, aussi bien dans le sens de la sélection de la théorie Darwinienne que celui de la transformation génétique du Néo-Lamarckisme).

 

1) Plan de communication

Nous avons décidé de réorganiser le système de communication pour notre communauté psychanalytique, à l’intérieur et à l’extérieur de notre association. Nous explorons comment nous présenter de manière plus efficace au monde extérieur (l’une de nos leitmotiv est : «  Si la psychanalyse-objet ne se présente pas elle-même, le sujet ne sait pas où la trouver ») et comment améliorer la communication entre nos membres au regard de toutes les activités effectuées afin de motiver une participation collective qui engendre non seulement de l’information, mais aussi un sentiment d’appartenance à la communauté.


Bien sûr, ces changements prendront en compte aussi bien le besoin d’information et de transparence, et le besoin absolu d’exactitude juridique et de respect pour les règles de confidentialité, qui varient d’année en année.


Plus précisément, nous prévoyons d’améliorer les liens entre les différents secteurs de l’organisation, par exemple en rapprochant de nombreux comités en une sorte de réseau synaptique plus large, plus efficace et capable d’une vie mentale intégrée florissante.

 


2) Le site web en un champ mental pour la communauté psychanalytique.

Le site web n’est pas un tableau d’affichage pour des messages : c’est une expression vivante de la vie scientifique, culturelle et interactive de la psychanalyse contemporaine.

Nous souhaitons stimuler et construire la curiosité, le plaisir et l’intérêt pour les visiteurs du site web : non seulement pour les membres, mais pour tous ceux qui recherchent des éléments utiles pour donner un sens non-superficiel à leurs expériences personnelles et culturelles, en lisant une variété d’articles clairs et bien choisis.


Nous le voyons – c’est-à-dire la partie “publique” – comme un “magazine complexe” qui représente la psychanalyse de façon non-académique et qui encourage d’autres lectures et des contacts.


Une partie sera interactive, avec des blogs et forums de discussion en constante évolution. Nous avons les personnes, les outils techniques et les idées pour le faire et ce serait dommage de ne pas utiliser ces ressources et cette opportunité.


3) L’inter-vision en éducation

De la même façon qu’un organisme complexe et intelligent, la psychanalyse doit toujours réfléchir sur la transmission de l’expertise aux nouvelles générations d’analystes.


Notre objectif est de favoriser une discussion franche et sérieuse entre les différentes sociétés en ce qui concerne leur formation, afin que l’adhésion à l’API ne s’appuie pas uniquement sur des critères quantitatifs et/ou formels et que les expériences et les caractéristiques des différentes écoles psychanalytiques soient mieux connues et deviennent l’objet de connaissances partagées.


Personnellement, je pense que seul un débat en profondeur et vrai puisse faire la différence entre une communauté scientifique et une communauté religieuse, faisant la part des choses entre ce qui est vraiment essentiel, d’une part, et ce qui est perçu comme sacré, d’autre part.


Nous devons préserver “l’or authentique” de la Psychanalyse, sans tomber dans l’emprisonnement du “château” que Kafka a dépeint, de manière si efficace, dans son roman inoubliable.


4) Les enfants et les adolescents

A notre point de vue, cela demande également un soin particulier et une confrontation continue entre les sociétés psychanalytiques.
Nous pensons que cela est extrêmement important aussi bien pour le futur de la psychanalyse et le futur des nouvelles générations. Mis à part les traitements spécifiques de nombreuses personnes, et malgré les critiques récurrentes et controverses dans les médias, nous savons à quel point la psychanalyse influence fortement la culture contemporaine et surtout la façon d’élever les enfants et les adolescents dans la majorité des sociétés développées.


En plus de toutes les situations traumatiques que la vie  apporte, nous devons prendre en compte de nombreuses nouvelles “anormalités statistiquement normales”, telles les ruptures familiales, l’abus systématique de la TV, des dessins animés et des jeux vidéo pour les loisirs, ce qui a provoqué un excédent de fantasmes de substitution chez les enfants au détriment de l’imagination anticipatoire et créative.


La tragédie collective de la souffrance mal traitée ou non reconnue dans l’enfance requiert notre responsabilisation en qualité d’analystes, afin d’apporter un support dans le sens d’une culture plus appropriée, ainsi qu’une pratique plus compétente et une présence dans l’aide envers les enfants et les personnels soignants. 


Nous pensons que l’API est en devoir « d’être présents de manière constante », aussi bien pour des raisons scientifiques qu’humanitaires et nous renforcerons certainement notre investissement dans ce domaine.


5) La Psychanalyse et la Psychiatrie

Nous avons l’intention d’investir une énergie considérable pour relancer le dialogue autrefois prospère entre la psychanalyse et la psychiatrie.


Ce secteur crucial a été le témoin d’une situation paradoxale dans de nombreux pays : de nombreux psychiatres se tournent vers la psychanalyse pour des raisons personnelles, pour eux-mêmes et leurs familles et de nombreuses équipes psychiatriques utilisent les services de supervision institutionnelle apportés par les psychanalystes.


Cependant ces partenariats restent des univers clivés du point de vue de l’institution et de l’éducation parce que aussi bien en termes d’enseignement universitaires et dans les services publiques, la présence psychanalytique est soit ignorée ou ouvertement opposée


Nous avons demandé au Professeur Claudio Eizirik d’organiser et de présider un sous-comité de Psychanalyse et de Psychiatrie, avec l’aide de collègues éminents dans ce domaine, en partenariat avec le Comité de l’Université et la Psychanalyse et les collègues chercheurs. Nous sommes confiants qu’il nous sera possible de reconstruire une passerelle entre la psychanalyse et les secteurs publics concernés par la maladie mentale.


Le choix de traitements dérivés de la psychanalyse en dernier ressort est absurde alors que tant de personnes auraient pu largement en bénéficier dès le début de leur vie de patients et de leurs admissions en hôpital accompagnées de doses massives, pas toujours appropriées, de drogues psychopharmacologiques.


Les psychiatres et psychanalystes sont en mesure de reconnaître leurs domaines spécifiques d’expertise afin de travailler ensemble dans la lutte contre la maladie mentale : un domaine où chacun a sa place et où existe un besoin de soutien mutuel.


6) La recherche : relier les adhésions à l’API et les chercheurs

Une réorganisation complète du domaine de la recherche a été étudiée avec le nouveau Président Mark Solms : l’idée centrale était de simplifier la structure avec un Exécutif central de recherche et trois sous-domaines : conceptuel, clinique et extra-clinique.


La méthode de travail sera beaucoup plus proactive que maintenant, en invitant les candidatures sur la base des priorités de recherche, plutôt que de recevoir des candidatures à évaluer.

 


Les trois autres points-clé seront :


1) Un contact permanent  entre le bureau de l’API et l’Exécutif de recherche afin de suggérer des possibilités de domaines d’intérêt ou de besoins qui requièrent le développement de projets de recherche spécifiques ;


2) Un flux permanent d’information à destination des membres au sujet des activités de recherche qu’ils financent, par domaines spécifiques de recherche, sur le site web de l’API ;


3) La possibilité de communication interactive, toujours sur le site web, entre les membres de l’API et les chercheurs.


En substance, puisque les efforts économiques de l’API pour soutenir la recherche sont considérables (environ 20% du budget total), il nous paraît juste que les membres de l’API soient régulièrement informés des activités entreprises dans ce domaine, et qu’ils aient également l’opportunité d’exprimer leurs opinions de manière constructive au regard de ces activités.


7) Le journal électronique API/REGIONS

Grâce à un partenariat des plus fructueux, pendant de nombreuses années, et à parts égales avec les instituts de formation PIEE et ILAP, les organisations FEP, FEPAL et NAPSAC (avec le soutien d’APsaA) ont décidé de former un partenariat ensemble en une entreprise d’édition, dans le cadre d’une « joint venture » pareillement égale et co-responsable.


Le “E-journal API/REGIONS”, une instance scientifique supranationale (détenue ni par une Société ni par des particuliers, mais par les institutions susmentionnées) est à ce jour en phase d’étude par un comité spécial composé de représentants institutionnels et de techniciens, qui prépareront un plan en vue de son implémentation rapide.


Cette idée a réuni un large consensus puisqu’il semblait paradoxal que malgré l’existence de l’institution psychanalytique internationale depuis plus d’un siècle, la communauté n’avait pas son propre journal pour la représenter complètement et de manière impartiale.


Ce nouveau périodique sera très différent des revues existantes et de longue date et sera impliqué dans l’effort de garantir l’internationalité absolue de ses gestionnaires éditoriaux, dont les politiques de rotation éditoriale et la représentation de tous les pays à tous les niveaux.


Si, comme nous en avons désormais la certitude, nous réussissons à mettre en place cette nouvelle et complexe initiative, cela sera une activité dont nos organisations partenaires pourront être fiers, équilibrée culturellement et scientifiquement, ouverte à des contributions de différentes écoles de pensée, centralement indépendante et supranationale sur le plan politique.


8) Le dictionnaire psychanalytique encyclopédique de l’API

Nous pensons désormais que le moment est opportun de s’embarquer sur un nouveau grand effort scientifique : la préparation d’un DICTIONNAIRE API DE LA PSYCHANALYSE.


Il existe de nombreux excellents dictionnaires de la psychanalyse, mais l’API (et, selon nous, uniquement l’API, à ce jour) possède les ressources humaines, le potentiel scientifique et l’expression culturelle nécessaires pour en créer un de pointe et extraordinairement complet.


Un travail de cette ampleur requiert non seulement une connaissance approfondie de la psychanalyse, passée et actuelle, mais également des compétences éditoriales et organisationnelles considérables : cela ne sera pas uniquement le travail de quelques chercheurs, quand bien même de grande valeur, mais de plusieurs groupes de travail coordonnés.


L’objectif est d’offrir à tous les psychanalystes et psychothérapeutes, qui travaillent de manière psychanalytique, un outil réellement international et actualisé, à des fins de consultation et de référence, de qualité supérieure et d’une « grande ampleur », qui représentera aussi bien le « tronc » et les « branches » de l’arbre psychanalytique, comme il a crû depuis Freud jusqu’à nos jours.

 


CONCLUSION

Toutes ces idées peuvent devenir des réalités si nous sommes capables de travailler ensemble, en partenariat avec nos collègues de différentes régions.


Personnellement, comme la plupart d’entre vous, je passe beaucoup de mon temps dans mon travail clinique avec des patients, en contact avec leur vie intérieure ainsi que la mienne : la vie clinique est le vrai cœur de l’analyse ; c’est là que nous trouvons l’intemporalité partielle, précieuse, profonde, l’immense potentiel de la psychanalyse, avec ses « passages secrets » qui ouvrent des portes intérieures et permettent les guérisons, les transformations et les intégrations qui ne seraient pas possible par ailleurs.


Cependant, j’ai aussi eu l’habitude, depuis longtemps, de travailler avec des collègues : dans ma Société, dans les groupes de travail, dans le cadre du bureau de l’API et, comme un grand nombre d’entre vous, j’ai dédié une part importante de mon énergie à la communauté psychanalytique.


Comme nous le savons tous, chacun de nous trouve de l’inspiration et de la force, de manière plus ou moins consciente, de notre “urszene” personnel, le scénario de nos origines : chacun de nous a son propre Pribor, que nous pouvons atteindre (si les choses progressent assez bien et si le château de Kafka ne sous emprisonne pas), notre propre Berggasse, notre propre Gesellschaft et, enfin, l’Association internationale.


Mon monde à l’origine était centré autour de la grande cuisine d’une ancienne maison dans les collines près de Bologne, où chaque soir mes parents, grands-parents, oncles, tantes, cousins et proches se réunissaient sous une architrave en chêne, datant du XVème siècle.


Mon monde d’aujourd’hui ne renie pas ces origines, au contraire il les fait revivre ici, dans cette grande communauté scientifique et professionnelle qui œuvre également pour intégrer les anciennes expériences de séparation et les développements suivants acquis premièrement par le biais de l’école, ensuite l’université, les hôpitaux spécialisés, les séminaires et conférences.


Mon architrave en chêne est aujourd’hui la Psychanalyse : sous elle nos nombreuses langues et cultures sont une richesse inépuisable de ressources et nous travaillerons ensemble pour garantir que l’API est vraiment la maison de tous les psychanalystes, dans la réalité externe, mais spécialement celle qui est intérieure.