Blue Jasmine: Woody Allen, USA, 2013, 98 min
http://www.youtube.com/watch?v=3UBv1S4Ajfs


Commentaire de Pietro Roberto Goisis
(www.spiweb.it - éspace cinema)


Ça fait longtemps que je soutiens que les films sont comme de tests projectifs, une série sans fin de planches de Rorscharch que chacun se auto-administre lors de la rentrée dans le noir d’une salle cinématographique. Ainsi comme dans tous les tests projectifs, la vision d’un film aussi peut susciter aux spectateurs des réactions et sensations différentes  et variées.  Notre façon de réagir au film, les choses qu’il nous laissera intérieurement et les émotions, les pensées et sensations qu’il nous donnera, dépendent significativement de nos états intérieurs, des événements de nos journées, et même des personnes, amis ou des inconnus avec lesquels on regardera le film. 


Je crois que il n’y a rien de négatif dans ce que je viens de décrire, ce qu’il est important est le fait d’en être conscient et de ne pas se faire trop conditionner de ce que nous arrive.
Une autre variable qui est très significative concerne nos atteintes. Nous sommes bombardés par beaucoup d’informations qui nous sont dévoilées à l’avance et il est presque impossible d’aller voir un film sans rien savoir à propos des contenus. Même notre relation avec le réalisateur (dans ce cas un mythe comme Woody Allen) fait partie de nos atteintes. Et nous sommes conscients de la douleur qui peut être causée par la déception  de quelqu’un que nous avons idéalisés. 


J’ai ressenti le besoin de faire cette introduction avant de commencer mon commentaire au dernier film de Woody Allen. En fait, j’ai pensé que pour les psychanalystes associés à l’IPA pourrait être intéressant de ne pas connaitre seulement mon opinion, mais surtout celle de mes collègues italiens. Blue Jasmine a poussé tout de suite les psychanalystes italiens à écrire des critiques. Donc, deux parmi les meilleurs commentateurs de films se sont mesurés avec la rédactions d’une recension et  ils ont exprimé leur opinion. Et comme il était facile à imaginer, nous avons eu deux visions différentes. 


Rossella Valdré (http://bit.ly/19iGmHt), qui déclare dès le début son amour et sa profonde connaissance  de la poétique du réalisateur, définit la dernière œuvre de Woody Allen comme un parmi ses travaux plus murs, plus intenses and parfaits. Elle a été frappé par les nouveautés des thématiques choisies, notamment celle sociale, que Woody a inséré dans son film et elle retrouve des analogies avec la Maison de poupée de Ibsen. En particulier, c’est la thématique de la condition de la femme qui pousse Madame Valdré à affirmer : « Soit vous aimez l'auteur comme moi , sans réserve , soit le contraire , Blue Jasmine est un film absolu , l'un des portraits les plus poignants, empathiques et intenses des femmes que la filmographie contemporaine ( Allen est encore héritier d’un écho Bergamanien, aujourd'hui rare dans le cinéma ) nous a donné, et qu’on peut retrouver dans la carrière d'Allen, entre autres , peut-être surtout dans le film Une autre femme (avec Gena Rowlands ). Il s’agit d’un autre drame bourgeois de mensonges et de tromperie où manquait , cependant  le chiffre que je préfère définir comme une poésie , plutôt que clinique , elle est une frontière subtile de la folie qui ressort quand " les traumas qu'une personne doit supporter sont trop nombreux » - Jasmine comme elle le dit - alors que le protagoniste d’Une Autre Femme a été forcée , oui , de réévaluer sa vie mais en s'appuyant sur une subjectivité bien définie ( un autre personnage qui se paraissait, mais sur le côté conte de fées - comédie, était le personnage de a suffisante Alice des années ‘90 , avec Mia Farrow ) . L’élément qui fascine et consume  en Jasmine est une vie psychique dans laquelle, je crois, malheureusement beaucoup de femmes, beaucoup Dore modernes arrivent à se retrouver : ne pas avoir personne à coté, à exception de ce que l’autre leur propose et donne. Mais, une fois le cadeau est perdu ou enlevé, l’esprit est nu à nouveau, vidé du sens, condamné à son irréductible non existence.  L’esprit de Jasmine on le retrouve dans le fait de revivre l’éternelle nostalgie d’un idylle jamais vécu  dans la mélodie Blue Moon, chanson qui date le 1937,  qui avait marqué le rencontre entre Jasmine et son mari. C’est la vaine recherche d’un monde perdu pour toujours, mais qu’en realité elle n’a jamais eu, et donc désiré avec supplice qui ne peut pas s’arrêter, parce qu’il n’y a aucun objet qui puisse satisfaire son désir et lui donner un sens. »


Amedeo Falci (http://bit.ly/1bXI23x), par contre, raconte d’un rencontre moins flatteur avec le film. Il écrit : «  c’est le 45ième film réalisé par Woody Allen, après des années des hauts et des bas et après des régies vraiment inoubliables (“Vicky Cristina Barcelona”, “To Rome with Love”) qui ont été réalisés probablement par un clone à lui. (…) En realité il est aux prises avec deux sujets d’énorme portée, la très grave crise financière américaine et les effets dévastateurs  sur les vies et sur les psychologies humaines, le film ne réussit pas a les fusionner dans une opération qui puisse convaincre son public. En premier, les motivations résident dans l’absence d’harmonisation de différents registres utilisés. (…) Mais le film est parcouru par un souffle  très angoissant, mis en relief par une photographie opaque de par un ciel qui est fermé. Angoissant à cause de l’effondrement des espoirs pour l’inéluctabilité de la fausseté (Jasmine n’est pas son nom, non plus), pour l’incapacité de s’adapter, pour la renonciation prolongée de comprendre, per l’impossibilité d’éviter de se répéter, per l’inaccetabilité  de l’éthique du travail. Notre sourire reste suspendu, indécis, presque interdit en face au personnage qui, dans n’importe quel endroit il se trouve, se place toujours dans une irréalité fastueuse et délirante. 


Amedeo Falci ne sauve que la protagoniste. “C’est la monstrueuse habilité de Kate Blanchett qui soutient évidemment le film dans son complexe. Et c’est grâce aux charmes de femmes sophistiquée dans leur robe Chanel (le seul qu’elles gardent encore) et aux névrotismes gestuels et linguistiques woodyallenians. Elle est complaisant, fausse et séduisante à discrétion. Elle est merveilleuse dans son désespoir. Elle est absolument parfaite dans la dernière scène, ‘folle’ soliloquente sur le banc, où dans un sommet de masochisme, elle offre impitoyablement à son public un visage tuméfié, gonflé, alcoolisé, vieilli, détruit. 


Le film est donc implacablement démolit. Même si l’espoir est le dernier à mourir… «  C’est juste parce que nous l’aimons que nous sommes toujours profondément déçus quand nous réalisons que Woody Allen essaye à vivre de rentes. En citant et imitant Woody Allen. Et en jouant les mêmes gags qui nous laissent le gout d’amer dans la bouche. Et en sautant dans des scénarios pas médités et pas soignés.  En mettant en chantier des films qui traitent des thématiques immenses et déchirantes, cependant sans la créativité et l’originalité de les savoir traiter jusqu’au bout.  Nous restons déçus et désorientés , terriblement en équilibre instable entre un sourire ironique qui ne veut pas sortir et une réflexion tragique qui n’arrive pas. Nous renstons encore dans l’atteinte. »


A ce point la, c’est à moi de exprimer mon idée. Comme vous avez lu et vous allez lire, en tous cas nous nous faisons face à un approche par rapport aux films dans lesquels le psychanalyste se trouve sur le même plan du spectateur. Chaque commentaire est profondément enraciné dans notre intérieur. Nous n’essayions pas d’expliquer le film ou de donner une interprétation des raisons pour lesquelles le réalisateur l’a tourné. Au contraire, nous tentons de nous mettre en contact et en retentissement avec les émotions et les sensations que la vision du film ha générés en nous. C’est clair que nous sommes psychanalystes et donc  notre interprétation et la communication de nos humeurs sont influencés implicitement et explicitement par notre formation et par notre profession. Je crois que cet approche nous permet davantage d’être compris et lus, même par ceux qu’on appelle « non-spécialistes ». »


Je suis allé voir le film avec plaisir, j’en avais envie, j’étais curieux, j’attendais avec anxiété de voir le film nouveau de Woody Allen, je dois l’avouer après la déception pour son dernier travail qui représente une sorte de publicité sur Rome, qui a été précédé par ceux à propos de Rome et de Barcelone qui m’avait vraiment dérangé.. Je n’était pas très satisfait à la sortie de la salle cinématographique. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre si les émotions que j’ai ressenties étaient reliées au divertissement ou à l’ennuie (il n’y a pas des boutades amusantes), à la souffrance (je me sentais désolé pour Jasmine), à la rage (il y a des bonnes raisons pour la ressentir..), ou à l’impotence qui gouverne toute la narration et le déroulement des faits. Je serai clair : je n’ai pas vu un chef-d’œuvre ! 


J’ai retrouvé dans le film beaucoup de thématiques typiques du réalisateur. Il reste sans doute très attaché aux problématiques de la fiction, magistralement et extraordinairement réalisées dans Zelig, mais également présentes dans La rose pourpre du Cairo et dans le magistral Match Point ou dans d’autres films où la limite entre réalité et fiction, déclinée dans les incertitudes de l’identité, a été habilement représentée.  


Je suis d’accord sur le fait que l’interprétation de Cate Blanchett vaut la vision du film, mais au même temps j’ai eu souvent la sensation qu’il s’agissait d’une répétition et d’un se laisser aller désormais fatigué et stéréotypé aux inévitables standards personnels. La musique également, normalement habilement et magistralement choisi par le réalisateur, dans ce cas semblait la citation d’autres bandes originales..


Malgré cela, je pense qu’il s’agit d’un film à voir. J’essaierai à mettre en évidence les aspects qui selon moi sont intéressant et qui nous font réfléchir. Au-delà de cette critique, le film m’a donné à penser, c’est un élément que moi je considère une valeur ajoutée de chaque film que je regarde. Je commence par la protagoniste féminine. Il est difficile de comprendre si les mécanismes de fonctionnement de Jasmine concernent la fiction plutôt que la négation. C’est évident que les deux modalités ne sont pas facilement séparables, mais j’ai l’impression que le personnage représente en manière plus efficace le premier coté de la problématique. Elle n’est pas une fille naturelle, elle ne s’appelle Jasmine non plus, elle vit dans un monde qui est fait d’apparence et d’imagine (il y a beaucoup de sponsors de maisons ce luxe et de mode qui sont présents dans le film…), elle a honte de fréquenter sa sœur et son beau-frére, pas seulement parce qu’ils appartiennent à un niveau social inférieur, mais surtout parce qu’ils deviennent embarrassants avec leur comportements naïfs et inopportuns. En réalité, à un certain moment, elle-même, elle est emportée par ce mécanisme, elle perd sa capacité critique de comprendre l’opportunité ou pas de ses pensées, de ses comportements, de ses mots et de sa relation avec les gens qu’elle rencontre.  


Il est facile à imaginer qu’elle a un passé trop douloureux  à cacher, un passé dont elle a honte et un présent qui est profondément conditionné par ce sentiment. Il ne faut pas revenir à Winnicott pour arriver à comprendre que la protection  du faux soi-même garantit à son noyau plus authentique, mais sans défense, ne réussit pas de garantir les barrières nécessaires et donc à la fin cette partie d’elle arrive à renverser  Jasmine, en la laissant seule, comme une nouvelle Ophelia, en délirant sur un banc d’un parc. 


A mon avis, le film parle aussi de nous et de notre profession. Quand Jasmine arrive à San Francisco en avion, nous la voyons en train de parler avec sa compagnonne de voyage. Ensuite nous voyons la même dame qui raconte à son mari du rencontre avec cette voyageuse bizarre en disant :  « elle a commencé à parler et elle ne s’arrêtait plus… », évidemment elle ne pouvait pas interrompre la conversation et s’éloigner de sa place vu qu’elles étaient dans un avion. A la fin du film, on retrouve à nouveau la protagoniste qui commence à parler, apparemment avec sa voisine de banc, peut être toute seule, mais il y a une différence, la dame la regarde étonnée, elle se lève et elle la laisse toute seule. Est-il possible que le réalisateur nous décrit comme de compagnons de voyage qui ne peuvent pas laisser seuls leur patients dedans leur cabinet ? (chose qui arrivait dans un autre film dans lequel l’analyste sortait en se cachant du cabinet pour rencontrer son amant et manger ensemble..).


J’ai également pensé que la représentation de Jasmine, de ses origines de sa situation conjugale est relié avec l’histoire personnelle de Woody Allen. Nous savons qu’il a adopté de nombreux enfants, mais surtout nous savons que, à un moment donné, il a quitté sa femme Mia Farrow pour commencer une relation avec une des ses filles adoptives. Est-ce-que ce film peut représente son inconscient ?


Il y a un autre personnage que finalement m’a frappé: la représentation de la situation émotive et de vie du fils naturel du mari de Jasmine, donc son beau-fils. Dans les seuls deux moments dans lequel il apparait dans le film, à mon avis, W.A. nous montrent des aspects très importants.  Le premier concerne la honte, c’est-à-dire la honte du fils ressent quand le scandale des escroqueries explose (la même honte qui poussera son père à se suicider dans la prison). Il décide d’abandonner sa prestigieuse université qu’il est en train de fréquenter et de disparaitre, pendant qu’elle le suit en lui disant qu’il ne peut pas déchirer sa vie à cause des erreurs d’autres personnes. . 


Le fils re-apparait plus ou moins à la fin du film, quand au moment de la catastrophe que Jasmin est en train de revivre, elle sait qu’il habite à San Francisco. Convaincue de ne pas avoir des préoccupations pour sa situation personnelle, elle commence à le chercher, dans l’essaie de restaurer un rapport avec lui, mais cela sera impossible. 
J’ai pensé  que dans ces deux moments Jasmine voudrait en réalité parler à soi même dans son condition de fille adoptive et la partie de soi même qui pourrait ruiner son existence.  Il est évident que ces deux moments, dans l’histoire et dans l’esprit de la protagoniste, sont très différents ; le premier se réfère à des dynamiques intérieures de l’adaptation et de la fiction, le deuxième fait référence à la recherche d’une authenticité que peut être et finalement elle a jamais eu ou expérimenté.


Il est très probable qu’à l’arrière plan, il y a une autre thématique centrale pour le réalisateur et peut-être pour l’histoire, c’es-à-dire celle de la maternité. Jasmine a été adoptée, elle n’a pas eu des enfants, elle a perdu son mari et son beau-fils qu’elle était en train de grandir, elle reste seule, comme elle a été toujours, probablement. 


Pendant que je finis ce commentaire au film, meme pour des raisons d’espace, je m’aperçois que de plus en plus j’y pense et de plus en plus des pensées surgissent dans mon esprit. A ce point la, je ne sais même pas si tout ce que nous avons écrit représente la mérite de Woody Allen ou bien le résultat de notre extraordinaire capacité, laissez moi le dire, de trouver le sens et la compréhension de ce que nous écoutons dans notre métier et de ce que nous voyons dans notre vie. En tous cas il s’agit d’un bon rencontre !


Janviér le 8, 2014. Rossella Valdrè. Società Psicoanalitica Italiana
Traduction en Francais.